Quelle mobilité dans la Vallée de la Drôme ?

10.12.2018
Morgane Régnier, conseil en mobilité Dromolib

 

Favoriser l’écomobilité dans la Vallée de la Drôme, certains en rêve, d’autres le font. Que ce soit à vélo, en marchant ou en partageant sa voiture avec d’autres usagers, des acteurs locaux font le pari d’une nouvelle façon de se déplacer.  

Moins de 5 kilomètres, c’est la distance parcourue lors d’1 trajet sur 2 en voiture en France. Dans la Drôme, 70 % des trajets sont réalisés en voiture avec pour problématique centrale la distance entre le travail et le domicile.

Pour autant, certains privilégient les modes doux : vélos, marche, rollers...d’autres le partage de la voiture : covoiturage, prêt...et d’autres encore les transports en commun : train, bus.  

L’association Dromolib, créée en 2014 à Crest, tente de pérenniser ces autres moyens de locomotion sur le territoire en faisant la promotion de l’écomobilité:  “L’écomobilité c’est comment on fait pour se déplacer autrement et pour limiter la dépendance à la voiture”, explique Morgane Régnier, conseillère écomobilité à Dromolib. Elle souligne que “tout est fait pour la voiture, surtout dans les zones rurales” et qu’il “faut être militant pour se déplacer autrement aujourd’hui”. Le rôle de l’association est d’être un lien avec les entreprises pour favoriser d’autres types de déplacements travail-domicile. Mais aussi de travailler avec les institutionnels pour les sensibiliser aux problématiques liées à l’écomobilité.

L’intermodalité : clé sous-estimée de la mobilité

Favoriser les modes de mobilité doux passe également par la facilité à l’intermodalité : “Quand on commence à décider de ne plus utiliser sa voiture, on sait qu’on ne pourra pas faire le même trajet du pas de sa porte à sa destination”, affirme Morgane Régnier. “Si on met des freins à chaque étape ça dissuade les gens de laisser leurs voitures.”

Et des freins, il y en a notamment dans l’intermodalité train-vélo. Le collectif Gare à nous, à Die, se bat depuis plusieurs semaines pour que l’horaire de train de fin de journée de la ligne Romans-Gap (qui passe par Valence, Livron, Crest, Saillans, Die et Luc-en-Diois) soit maintenu. En effet, la région PACA  a la compétence pour décider de la suppression ou de l’ajout d’horaires pour cette ligne de TER. Elle a donc privilégié les besoins des habitants de PACA : “Il y a de moins en moins de trains. Or avec cet horaire là, cela permet à des usagers de rejoindre leur domicile à des heures décentes”, affirme un membre du collectif. “Ca met en péril l’intermodalité (dans les bus, il n’est pas possible d’emmener son vélo), mais aussi le déplacement des personnes à mobilité réduite.”

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Les bus de remplacement ne sont “pas suffisants”, constate Morgane Régnier. “Il faut vraiment ensemble qu’on continue à militer pour trouver à cette ligne le sens qu’elle doit avoir de colonne vertébrale sur la Vallée. Idéalement, il faudrait un cadencement toutes les heures ou 30 minutes de manière à réorganiser les transports autour de cette ligne de chemin de fer plutôt que d’aller compléter avec des bus.” Une pétition, adressée aux élus de la région Auvergne Rhône-Alpes a été déposée par le collectif Gare à nous, elle a rassemblé près de 4500 signatures. Le 9 décembre dernier, la vice-présidente de la région Martine Guibert s’est engagée à rétablir cet horaire...sans donner plus de précision.

 

Et le vélo dans tout ça ?

Une étude de l’Insee, parue en 2015, souligne que seuls 2% des français vont au travail à vélo.Pour Jean Prats, président de l’association Vélo dans la Ville à Crest, les routes et la circulation ne sont pas toujours adaptées aux cyclistes : “L’association est née en 2003 d’un ras-le-bol de voir que rien ne bougeait dans la ville”, raconte-t-il. “On fait des actions multiples : des comptages de vélos, de l’information, il y a aussi la bourse aux vélos une fois par an. On dialogue aussi beaucoup avec les institutions : mairies, communautés de communes,...”. Un travail qui avance “lentement” car beaucoup ne sont pas sensibilisées à l’usage du vélo en ville : “ Les néophytes pensent tous que l’on veut des pistes cyclables : or ce n’est pas le cas, il faut plutôt des aménagements. Ca veut dire des ralentissements, il faut pacifier, réduire les vitesses, c’est au coup par coup selon les endroits.”


Autre frein, le stockage des vélos, difficile dans la plupart des habitats collectifs : “50 % de la population vit en habitat collectif et il y a très peu d’endroit où les gens peuvent garer leur vélo. C’est vraiment le premier frein à son utilisation”, souligne le président de Vélo dans la Ville. À Crest, l’association a mis en place un garage collectif de 11 places avec une longue liste d’attente. Une problématique soulevée par Hervé Mariton le 07 décembre dernier lors de la réunion publique du budget 2019. Le Maire de Crest a laissé entendre qu’il souhaitait investir dans des garages partagés.

 

Marie-Aude Cornu, conseil en mobilité Dromolib

 

La voiture autrement

Limiter la dépendance à sa voiture peut aussi passer par le partage de celle-ci avec d’autres usagers. Marie-Aude Cornu, également salariée de l’association Drômolib, explique qu’à Crest, l’autopartage est déjà en place : “Aujourd’hui, dans l’association Crest autopartage, il y a 8 voitures pour une vingtaine d’utilisateurs”. Ce partage de véhicules entre particuliers, sans passer par une plateforme est en train de se démocratiser dans la Vallée : “ Des groupes d’autopartage se développent à Aouste-sur-Sye et à Saillans.”

Une étude de faisabilité va être lancée pour installer des services de voitures en libres-services via une plateforme dans les points stratégiques des villes, comme près des gares par exemple.


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