Durga, une Crestoise, militante radicale à « Extinction Rebellion »

16.07.2019

Vous avez trié votre verre, opté pour les ampoules LED, pratiqué la conduite douce et les douches courtes en vain? Vous avez soutenu Greenpeace, tâté de la décroissance, vous ne comptez plus vos participations aux marches pour le climat et même les dimanches collapsologie vous ont laissé sur votre faim ? Il vous reste une solution : devenir comme Durga* militante au sein d’Extinction Rebellion, un mouvement qui entend mettre un frein décisif à la destruction de notre éco-système.

Extinction rebellion Lafarge


Dépression d’avant effondrement

Durga a une quarantaine d’année. Elle aussi, elle a longtemps œuvré à réduire son empreinte écologique. Mais à un moment, trop c’est trop. « Militer, travailler dans le monde du ‘développement durable’, faire des efforts, tout cela m’a semblé tout à coup complètement vain en regard de ce qui menace. » Après une ultime conférence de Pablo Servigne, chercheur devenu incontournable en matière d’effondrement, elle craque. « Ca a été quasiment la dépression. Pendant plusieurs mois. »

Quand Durga émerge, elle découvre Extinction Rebellion (XR), suit une première manifestation, puis une seconde, sévèrement réprimée par les forces de l’ordre. « Avant j’aurais pu avoir peur, mais là, de voir la détermination des manifestants, ça m’a galvanisée. Je me suis dit : ‘je suis prête’. »

Déjà 125 sympathisants à Crest

Durga s’engage donc dans XR. Ce mouvement qui lutte contre l’effondrement écologique et le réchauffement climatique est officiellement né fin 2018 au Royaume-Uni et a déjà essaimé dans une cinquantaine de pays. Sa page Facebook compte 200000 « amis » et il dispose déjà de 6000 sympathisants en France, dont 125 à Crest ! Chez nous, le 22 juin dernier, les manifestants XR ont crié que notre voisin LarfageHolcim est dans le peloton de tête des pollueurs français et sujet à pas moins de 4 mises en examen, dont une pour « complicité de crime contre l’humanité ». Et qui sont donc ces « Rebelles » comme ils aiment à s’appeler ? Vos voisins, tout simplement, à entendre Durga. Beaucoup de très jeunes, déçus de la société que nous leur léguons, des mères inquiètes, une forte représentation de la classe moyenne. Et même de grandes fortunes s’intéressent à XR, à en croire le quotidien britannique The Guardian, (Voir traduction dans Ricochets) qui annonçait le 12 juillet dernier qu’un trio de milliardaires venait de faire don de près d’un demi-million d’euros à l’association, pour répondre à l’urgence climatique actuelle. Le trio affirme qu’il ne s’arrêtera pas là et qu’il multipliera la somme par 100 en mobilisant toutes ses relations.

Désobéissance civile non violente

XR compte, via la désobéissance civile, forcer les gouvernements à dire la vérité sur la crise écologique, à atteindre le « zéro émission de gaz à effet de serre » d’ici 2025, à stopper la destruction de la biodiversité et à initier une assemblée citoyenne. Le mouvement, volontairement décentralisé (chaque antenne est libre de ses actions à condition qu’elle respecte valeurs d’XR) fonde son action sur la conviction que la mobilisation de 3,5% d’une population suffit à une révolution non-violente. Non-violente, car XR refuse de s’attaquer aux personnes, comme de les séquestrer, et s’interdit de détruire du matériel si la chose n’a pas été décidée avant la manifestation, à froid.

Cette approche rappellera les actions des Faucheurs volontaires (d’OGM) ou le fameux « démontage » d’un McDo par José Bové et ses comparses. Elle diffère de l’école également récente de Deep Green Resistance (lire « Écologie en résistance », deux livres, Éditions LIBRE) initiée par Derrick Jensen, dont le credo pourrait se résumer en : « Depuis 30 ans vous n’avez pas été entendu par vos gouvernements, il vous reste à démanteler le système ». Un mouvement qui doute, lui, des vertus de la non-violence (lire « Comment la non-violence protège l’État », Éditions LIBRE) et juge qu’il est trop tard pour conscientiser pacifiquement les masses. S’inspirant des résistants historiques, le mouvement DGR observe désabusé les pratiques de mobilité douce et de permaculture, préférant appeler à la mobilisation de véritables guerriers.

Agir ensemble ou déprimer seule

Violente ou non-violente, la désobéissance civile suscite aujourd’hui la brutalité gouvernementale (au moins 30 personnes éborgnés ou ayant perdu une main parmi les Gilets Jaunes). Mais Durga n’en a cure. « Quand il n’y a plus de sens, être relié avec des gens qui ont un même niveau de conscience, et pouvoir passer de l’émotion à l’action, c’est fondamental. » Passer à l’action, ce n’est pas forcément se mettre au front, car l’implication peut prendre de nombreuses formes. On commence par se former à la désobéissance civile, avant de choisir entre manifester, aider à la logistique, récolter de l’information, faire office de porte-parole ou encore identifier les actions aux meilleurs potentiels… Et vous, que choisirez-vous ?

 
Xavier de Stoppani


* Nom d’emprunt


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