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Coups de coeur : «Psychologie de la connerie»

12.08.2019

Qu'est ce qu'être « con » ? Peut-on définir une typologie de la connerie ? Comment l'explorer (à supposer que ce ne soit pas une connerie de plus) ? Voilà l'ambition de cet ouvrage collectif, paru aux éditions Sciences Humaines sous le titre « psychologie de la connerie » .
Jean François Marmion, psychologue et rédacteur en chef de la revue « le cercle psy », a fait plancher sur ce sujet, rarement objet de thèses et plus souvent de comédie ou de satire, des intellectuels aussi prestigieux que le neuropsychologue Boris Cyrulnik, le psychanalyste Tobie Nathan, le prix Nobel d'économie Daniel Kannheman ainsi que bon nombre d'enseignants chercheurs en psychologie, de Berkeley ou de Paris.
« Vivons nous l'âge d'or de la connerie ? » interroge d'emblée avec une malice réjouissante le directeur de publication, «Jamais en effet celle-ci n'a paru aussi visible, décomplexée, grégaire et péremptoire ». Le con, si l'on en croit cette tentative de définition scientifique, « incarne une sorte d'exagération de différentes tendances psychologiques ». Le con utilise une routine d'action, n'analyse pas son environnement avant d'agir, présente une cécité au changement, affiche une rare capacité à croire tout et n'importe quoi, mais préserve son estime de soi en surévaluant son propre niveau de compétence. Narcissisme et auto-aveuglement. « Les cons, ça ose tout c'est même à ça qu'on les reconnaît », disait le lumineux Michel Audiard...
Aaron James, professeur de philosophie à l'université de Californie, y voit aussi une affaire de comportements sociaux dont la source serait l'échec à manifester de l'intérêt pour autrui. « Le con s'accorde des avantages particuliers dans la vie sociale en se sentant immunisé contre les reproches ». Comme bien d'autres, l'Américain voit en Donald Trump un assez bon échantillon du connard suprême... mais cite aussi Staline.
Reste que la classification demeure difficile, tant les degrés de connerie diffèrent, de l'abruti au snob en passant par le benêt, le nigaud ou l'imbécile, et tant on est toujours le « con d'un autre ». Nos temps modernes ont vu émerger une nouvelle tendance : le « bullshit » ou l'art de dire n'importe quoi sans se soucier de savoir si c'est vrai ou faux. Avec l'irruption, via Internet et les réseaux sociaux, de la connerie collective, nous voilà carrément entrés dans l'ère de la « post vérité », dont la « fake news » est un exemple frappant.
La connerie, indéfectiblement lié au langage, perd tout « sens commun » et la réalité devient une simple image sans consistance. Avec l'avènement de la post vérité, les faits objectifs ont moins d'influence pour former l'opinion publique que l'appel à l'émotion et aux croyances personnelles. Un système se met en place d'érosion de la confiance (vis à vis des experts, des politiques, des journalistes etc), de soupçon généralisé, et d'indifférence à l'égard des faits. La vérité devient subsidiaire. Aussi jubilatoire par son humour que stimulante par sa réflexion, « psychologie de la connerie » est un ouvrage à mettre entre toutes les mains. Connards ou pas, les plus intelligents n'étant pas non plus à l'abri de délires complètement cons.

Claire Simond

A noter : le sens étymologique de « connerie », à prime abord plutôt « machiste », pourrait venir de deux origines. Soit le « cunnus » latin signifiant fourreau et par extension le sexe féminin, soit le « coïonnerie » , venant du latin coleus, sac de cuir, et désignant les couilles... Match nul.


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