Consommer local : Ça veut dire quoi?

16.10.2019

Consommer local

Consommer local
 
Vous savez tous, maintenant, que de nombreux aliments sont venus d’ailleurs, avant de s’implanter ici : tomate, aubergine, pomme de terre, nougat, ravioles…

Mais vous savez également que, pour lutter contre le changement climatique et réduire les émissions de CO2, il est indispensable de réduire les transports des personnes et des biens, pour diminuer fortement la consommation de carburants et la pollution. Pour cela, un concept est né, qui commence à être mis en œuvre par de plus en plus de gens : consommer local.

Dans notre vie quotidienne, notre alimentation devrait être sérieusement impactée par le consommer local. Mais qu’est-ce que ça veut dire concrètement ? C’est quoi le local ?

Pour m’aider à définir ce mot de local, j’aimerais quelques réactions des lecteurs du Bec. Je vous pose seulement quelques questions concrètes.

La distance
- Il semble que le concept du consommer local vienne des USA : les "locavores" de San Francisco souhaitaient que les habitants de cette ville se nourrissent exclusivement d’aliments produits à moins de 160 km de chez eux. Selon les interlocuteurs, la fourchette varie entre 150 et 250 km !

- Certains sont plus restrictifs et préfèrent la notion de circuits courts : acheter de préférence ce qui est produit par un producteur à côté de chez soi. Vente directe à la ferme, ou dans un magasin de producteurs, ou sur les marchés, ou dans une AMAP ou dans un commerce de proximité. Dans ce cas, les produits locaux sont ceux qui sont souvent produits à moins de 20 ou 50 km de chez soi !

La délimitation d’une distance maxi au consommer local peut avoir de sérieuses conséquences dans notre alimentation, en fonction de notre situation géographique.

Par exemple, les habitants de la vallée de la Drôme peuvent-ils manger du poisson ? Doivent-ils manger seulement des olives et de l’huile de Nyons (assez chères) et boire des côtes-du-rhône mais renoncer à l’huile d’olive d’Espagne ou d’Italie, au bourgogne et au bordeaux ?

Les Savoyards n’ont-ils droits qu’aux poissons des lacs et au vin de Savoie ? Les Franciliens des zones urbanisées où les terres cultivées sont rares, les Champenois habitant dans une zone de grandes cultures céréalières ou viticoles où les maraîchers sont rares vont-ils vers la pénurie alimentaire ?

Question : À votre avis, consommer local signifie-t-il manger des produits à moins de 50 km de chez soi ou à moins de 250 km de chez soi ?


Les exceptions
Il est évident que certains aliments ne peuvent être produits localement, en raison des conditions climatiques et géographiques : Impossible de cultiver chez nous des bananes ou des épices, du cacao ou du café !

Faut-il une liste d’exceptions au consommer local ? Je mange fruits et légumes de la Drôme, mais je m’interdis la choucroute, dont le chou vient d’Alsace ? Je consomme exclusivement des fruits et légumes locaux, mais je m’interdis les plats cuisinés et toute l’alimentation transformée dont l’origine des produits n’est pas locale ? Donc pas de pain dont les céréales ont été cultivées en Beauce, pas de petits gâteaux secs fabriqués dans une autre région que la mienne, ni de porc breton, ni de poisson de l’océan, etc.

Question : À votre avis, consommer local s’applique-t-il uniquement aux fruits et légumes ? Doit-il s’étendre aux plats cuisinés industriels, aux vins, aux laitages ? Faut-il réserver les exceptions uniquement aux produits exotiques impossibles à cultiver en Europe ou, au contraire, s’interdire tous produits venus par avion, par cargos ?


Conclusion
Après avoir défini ce que signifie concrètement le concept du consommer local, il faudra probablement étudier les conséquences économiques de l’application de ce concept : désorganisation complète des marchés agroalimentaires mondiaux avec surproduction dans certaines zones agricoles, qui ne pourront plus exporter leurs produits, sous production et risques de pénurie dans certaines zones géographiques peu propices à certaines cultures. Il faudra aussi étudier les conséquences alimentaires et diététiques des impossibilités techniques de production dans certaines régions.

Certains diront alors que ce concept serait intéressant, pour obliger le monde agroalimentaire à réduire les transports de nombreux produits dans une économie qui s’est trop mondialisée. Ce concept serait également utile pour sensibiliser les consommateurs à ce qu’ils mangent et les motiver à consommer davantage de produits alimentaires locaux, non transformés, ce qui serait bon, pour la planète et notre santé.

Mais que reste-t-il de ce concept s’il est seulement utile pour favoriser davantage les producteurs locaux, sans toucher aux productions agroalimentaires mondialisées ? Une application stricte, intégriste, du consommer locale semble difficile à mettre en œuvre. Et manger de préférence ou de temps en temps (selon son budget) du picodon, des charcuteries de l’Ardèche, des fruits et légumes locaux et de saison, tout en continuant à consommer des plats cuisinés industriels, des chips et emmener les enfants au fast-food sera-t-il suffisant pour aider la planète ?

Qu’en pensez-vous de tout cela ?

Marie Josèphe Moncorgé


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Vincent Meyer
la version radicale, très très locale, va s'imposer sans doute brutalement avec l'effondrement prochain, autant s'y préparer, sans exclusive ni sectarisme pour le court terme
26/10/2019 - 09:48
sylvie Sylvie Meunier
Certes, manger les tomates, les raisins et les haricots du terroir, mais comme il est triste de renoncer à cette magnifique circulation des denrées à travers le monde ,à cet élargissement de nos plaisirs gustatifs,à la palette de toutes les saveurs.. quelle austérité,quelle régression! Par nécessité nous nous plierons peut-être , tête basse, à la réduction de nos plaisirs en souhaitant que les idées les plus exotiques circulent encore librement . Sylvie.
19/10/2019 - 00:01
Marie Josèphe Moncorgé
2 beaux commentaires de Daniel et Pierre, très conceptuels ! Concrètement, pouvons-nous consommer en autosuffisance 80% de notre alimentation en vallée de la Drôme ? Et y a-t-il assez de terrains à louer localement pour que chacun puisse cultiver un jardin et avoir le temps de le faire ?
18/10/2019 - 10:04
Daniel FRANCOIS
avec 80% de notre consommation de produits produits à moins de 50km et peu de produits transformés ça devrait limiter l'impact, de la viande locale c'est possible aussi. Comme tout le monde ne s'y met pas d'un coup le système a le temps de s'adapter.et les bretons d'arrêter le cochon par ex. Merci MJM
17/10/2019 - 17:14
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Pierre FRISTOT
Il y a du bon poisson Drômois.. Ca doit pouvoir se pêcher ou se trouver au marché de Die (y aller tôt) Les trajets avions (très loin et périssable) me semblent vraiment à éviter. Pour les autres, je crains qu'il n'y ait pas grande différence (sur le plan strictement gasoil transport) entre le semi chargé de 30t de bouffe qui fait 2000km et la voiture (pourrie) du fromager local à moins de 20km (avec 50kg de cargaison)... Cultiver son jardin (sans produits), ça c'est local.
16/10/2019 - 16:47