Pesticides : le bras de fer médiatique passe par Saoû

13.09.2019

 

Après que la municipalité de Saou ait voté un arrêté limitant l’usage des pesticides à 150 mètres des habitations, les agriculteurs se sont réunis hier soir devant la mairie pour exprimer leur colère et défendre leurs habitudes. Confédération paysanne et exploitants bios rétorquant en vain qu’une autre agriculture est possible.

Il fallait bien que la Drôme, fief du bio, s’engage dans le nouvel épisode français, joli coup de com’ mâtiné de désobéissance civile, de la lutte contre les pesticides. C’est donc chose faite puisque la commune de Saou a pris le 4 septembre un arrêté municipal qui interdit l’utilisation de pesticides à moins de 150 mètres de toute habitation ou terrain de sport. A l’instar de villages et de villes de France de plus en plus nombreux.

Un « coup de com », puisque chacun sait, et bien sûr les municipalités frondeuses en premier lieu, que ces arrêtés ne seront jamais appliqués car tout simplement rétoqués par notre gouvernement et son bras armé sur le terrain: les préfectures. « Mais nous, ce que nous voulons, c’est mettre le gouvernement au pied du mur, puisqu’il refuse de prendre ses responsabilités » expliquait hier soir le maire de Saou, Daniel Gilles, aux agriculteurs en colère réunis devant la mairie.

Des agriculteurs qui ne s’arrêtent pas à cette subtilité. Pour eux, « abandonner » 150 mètres de large, c’est tout simplement « perdre des hectares » de culture. La plainte pourrait être entendue, mais chez eux non plus personne ne croît à l’application de l’arrêté, on comprend que les mécontents sont surtout inquiets de ce début d’une guerre totale contre les pesticides.


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Daniel Gilles est un passionné de sa ville et de l'intercommunalité. Pas encore décidé à se représenter, il nous fait part de son expérience.


A partir de là, tous les arguments sont bons pour sauver les phytosanitaires. Et les agriculteurs ne s’en privent pas. « Vous n’y connaissez rien, laissez faire ceux qui savent! », « Vous feriez mieux d’aller manifester à Bruxelles au lieu de nous empêcher de travailler », « Vous faites tout ça pour vous faire mousser », « Le bio c’est trop cher, un truc de privilégiés », « On ne pourra jamais nourrir tout le pays avec du bio »,« Non mais regardez-là celle-là, elle a vraiment la gueule de l’emploi! », « Le bio ça pollue aussi, regardez le cuivre et les dangers du pyrêthre ! », « Comment vous allez lutter contre l’ambroisie alors? », « Et pourquoi ne pondez-vous pas aussi un arrêté contre le loup ? », « 200 suicides d’agriculteurs, ça suffit », « Un jour ça finira mal! »

Malgré ce florilège essentiellement agressif, le maire et les élus présents répondent posément aux arguments, mais le dialogue de sourds ne décolle pas. « C’est malheureux, car ce sont en fait les premières victimes des pesticides », commente Mary Desnos, première adjointe, elle-même productrice de plantes aromatiques et médicinales. « Et d’entendre des jeunes, y compris ceux qui ont déjà fait évoluer leurs pratiques, s’exprimer ainsi, c’est assez consternant. » Le sommet est atteint quand un agriculteur reconverti au bio témoigne de son expérience, de ses rendements et de l’absence de mauvaises herbes: les agriculteurs refusent tout simplement de le croire et le huent.

Un autre scénario était-il possible ? « Ca fait un an qu’on discute d’une telle action, raconte Mary Desnos, je peux vous dire qu’on y a réfléchi. On a même envisagé une consultation, mais vous voyez le clivage, ça aurait été la même chose. On sait qu’on prend des risques, on sait que ça n’est pas forcément pour nous aider aux prochaines municipales, mais on ne pouvait plus rester passifs. » Vincent Delmas, producteur bio et porte-parole de la Confédération paysanne, syndicat qui milite pour l’arrêt des pesticides et l’accompagnement de cette transition par l’Etat, confirme: « C’est trop grave. Il y a des des gens qui se réveillent la nuit en plein arrêt respiratoire, des leucémies, des morts. On ne peut plus cautionner ça. ». Et de citer aussi des plantations intoxiquées à 400 mètres des épandages ou les 5000 salades qu’il a perdues l’an dernier…

La suite ? Quarante-six communes, de gauche comme de droite, suivraient maintenant le mouvement, après Langouët (Ille-et-Vilaine), qui l’a initié, Dijon, Clermont-Ferrand, Paris, et peut-être bientôt Saillans. Pendant ce temps, le gouvernement poursuit sa consultation pour fixer à 5 mètres la distance minimale! De l’intox, pour les défendeurs du bio, qui relèvent que cette limite figure déjà sur les bidons de phytosanitaires… Parallèlement, les préfectures demandent aux maires concernés de retirer leurs arrêtés illégaux et les menacent de poursuites. Parions que ce tapage renforcera les rangs de ceux qui se rassemblent chaque premier vendredi du mois devant les mairies pour « sauver les coquelicots » (807 400 signataires à ce jour). Et espérons qu’un vrai débat s’ouvre enfin.

Xavier de Stoppani


A lire:

Recensement France Inter des communes sans pesticides

Collectif des maires anti-pesticides de synthèse

Carte de France des phytosanitaires 

Pétition « Nous voulons des coquelicots

L’arrêté de la municipalité de Saou


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