Extinction Rebellion: utile ou pas, violent ou pas?

10.10.2019

Soixante capitales occidentales ont été cette semaine les cibles d’actions d’occupation et de blocages par le mouvement écologiste « Extinction Rebellion ». Un mouvement que les uns taxent de violent, que d’autres jugent proprement insuffisant, quand ils ne l’estiment pas carrément « récupéré ». Réponses avec des Crestois membres de ce collectif.

Cette fois ils ne sont pas sur la place du marché de Crest (lire l'interview de Durga) mais à Paris, place du Châtelet, qu’ils ont bloquée plusieurs jours durant. « Ils » ce sont les membres actifs d’Extinction Rebellion (XR), ce mouvement qui exige de nos gouvernements la reconnaissance publique de la gravité de la crise écologique, la neutralité carbone d’ici à 2025 et la constitution d’assemblées citoyennes. Place du Châtelet, les 15 Drômois et leurs 200 à 300 camarades ont édifié en quelques heures, prenant la police de vitesse, des barricades de bottes de paille, palettes et autre matériaux qui mettent à la mal le trafic automobile mais ouvrent autant d’espaces de sensibilisation, de débat ou de fête. Un succès, à entendre les intéressés, un coup d’esbroufe pour de plus radicaux, ou encore une violence qui exige la répression pour nos conservateurs… Le sujet de la désobéissance civile ne laisse pas de questionner.

Violence ou non violence ?

Si l’on s’en tient à Ségolène Royal, il faudrait « réprimer très rapidement » ces manifestants, qu’elle estime coupables « d’agressions et de violences ». L’ancienne ministre de l'environnement n’a pas dû lire la profession de foi d’XR (site web), qui se veut résolument non violente. Interrogée par le Bec en juillet dernier, Durga *, une Crestoise membre du collectif, précisait que même l’atteinte à du matériel ne pouvait se faire que si elle était décidée en amont de la manifestation. En clair: la dégradation de quoi que ce soit, inspirée dans le feu de l’action, est proscrite. Pour autant, l’époque veut que même le blocage d’une rue puisse désormais être taxé de violence.

 


Vidéo officielle d'Extinction Rebellion

 
Un mouvement qui ne touche que ses supporters ?

Pas si sûr! « Place du Châtelet, on est rejoint par des gens très divers, témoigne au téléphone Vincent *, un autre Crestois, de 24 ans, venu participer à l’événement. Des Gilets Jaunes, des Gilets Noirs, et des passants de tous horizons ». De plus en plus de citoyens lambda sont attirés par le discours d’XR, qui affirme que les gouvernements restant sourds aux alertes des scientifiques, aux marches pour le climat, et aux preuves indiscutables assénées par la météo, seule la radicalité peut faire bouger les lignes. « Le mouvement, en tout cas en France, possède une vraie diversité de public. En Drôme on a des néo-ruraux, bien sûr, mais aussi des agriculteurs plus classiques, des employés, des mères de famille, etc. »

 

revendications

Trop limité au réchauffement ?

C’est une critique que commencent à faire à XR des militants plus radicaux, qu’on trouve par exemple chez Deep Green Résistance, ou encore parmi les Indiens du futur à Crest, pour qui tout le système capitaliste est à revoir, le social, le rapport Nord-Sud, la finance, l’exploitation des ressources, et pas seulement son impact sur le climat. « C’est une critique qui s’adresse légitimement aux Anglais (créateurs d’XR), relativise Vincent. Comme XR est un mouvement très décentralisé, la France peut être sur une ligne assez différente. On se pose toutes les questions, on interroge vraiment les inégalités et le capitalisme dans son ensemble. » Reste que ces différences de vues, pour des mouvements qui portent le même nom, peuvent nourrir la perplexité.

Une stratégie de martyres ?

Il est clair qu’XR privilégie des actions visibles, faciles à traiter pour les médias. Là encore, les écologistes les plus radicaux les enjoignent plutôt à bloquer des centrales nucléaires, des raffineries ou des usines, pièces maîtresses du système industrialo-capitaliste. XR leur préfère les centres villes, où ses membres s’enchainent des heures durant avant de se faire embarquer par les forces de l’ordre, sous l’œil gourmand des caméras. On a reproché au mouvement de faire le sel de ces arrestations, un des fondateurs fixant même comme objectif de campagne 1000 arrestations (700 étaient comptabilisés le 9 octobre), et de laisser moisir en prison les camarades embarqués. « Là encore, c’est le modèle anglais qui est visé, contre-attaque Vincent. A Cannes, le 19 juin, on était 20 à être arrêtés mais tous les autres sont venus nous soutenir devant le commissariat, et en arrière-ligne nous avions des avocats très actifs pour nous faire sortir.

Récupérés par l’argent des grandes puissances ?

Le fait qu’un trio de milliardaires du fonds Climate Emergency Fund  annonçait en juillet dernier faire don de près d’un demi-million d’euros au mouvement n’a pas non plus été du goût de tout le monde. Certains analystes jugent même qu’XR, « comme Greta Thunberg et Cyril Dion », participent d’une nouvelle opération de Green washing, destinée à appeler des investissements massifs dans les nouvelles industries « vertes ». Un projet qui ne mettrait aucunement en cause la civilisation techno-industrielle, de quoi expliquer la clémence de la police à l’égard des « rebelles » d’XR comparativement à sa férocité face aux Gilets Jaunes.  (lire partage-le.com) . Mais là encore, Vincent rejette ces arguments : «  L’antenne française du mouvement a refusé cet argent. Et ce qui se passe ici est juste génial. Les gens s’intéressent et rentrent dans l’action directe, c’est déjà énorme ». S’ils doivent changer plus tard de drapeau, pourquoi pas ?, ils seront au moins passés à la mobilisation.

 

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Quels espoirs, au final ?

Si l’on se réfère aux revendications du mouvement, les manifestants ne devraient débarrasser la place du Châtelet qu’après une réponse claire du gouvernement. Mais comme notre Crestois le dit, « Personnellement je doute qu’il se passe quelque chose, je ne m’attends guère au changement des gouvernements. Mais l’important est d’amener toujours plus ce sujet dans l’espace public ». Et de converger: beaucoup de mouvements citoyens alternatifs promeuvent aujourd’hui rencontres, partages et actions communes. Dans la Vallée de la Drôme (où XR compte environ 200 sympathisants) la première mise en pratique pourrait être le rassemblement « commun.e vallée »,  du 29 novembre au 1er décembre 2019. Cet événement, qui tiendrait du festival (théâtre forum, forum ouvert, ateliers de co-développement, restauration, projections, apéro- concert,) entend traiter des « communs » en dépassant les querelles de chapelles. On pourrait compter parmi ses co-organisateurs Extinction Rebellion, les Gilets Jaunes, les Indiens du futur, et la liste « Ensemble pour Crest ». « Nous avons plein de points de convergence », se félicite Vincent. Une initiative à suivre…


* Prénom d’emprunt

Xavier de Stoppani

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