Saint-Ferréol: c’est quoi être forain en 2019 ?

20.09.2019


« Ne nous confondez pas avec les gens du voyage! » Cette prière, on l’entend souvent à demander aux forains qui ils sont en réalité. Pas des gens du voyage donc, mais des nomades, eux-aussi, passant d’une fête foraine à une autre, perpétuant ainsi une tradition familiale tout en tâchant, autant que faire se peut, d’évoluer avec le temps. Le Bec est allé les rencontrer à l’occasion de la Saint-Ferréol.

Ça commence à leur camp de base, un vaste espace, chemin Saint-Ferréol justement, où nos forains installent chaque année leur habitat provisoire, une quarantaine de caravanes et camping-car de toutes tailles et formes. « C’est un bon terrain, commente Pascal Rocher, propriétaire du manège ¨la Pêche aux canards". Il y a de l’espace, c’est propre, on est plutôt bien lotis à Crest. » Ici, on connait en moyenne 80% de ses voisins, qui peuvent être collègues (et concurrents parfois aussi) frères, sœurs, cousins et cousines. Un petit air de famille donc, même si ne s’agit pas complètement d’une collectivité: pas d’autorité spécifique, pas de place de village, même pas une tablée où se retrouver le soir.

Des manèges gérés par ordinateurs
Au Champ-de-Mars, les petites mains des forains, souvent des étrangers, donnaient jeudi les derniers coups de chiffon pour livrer à leurs patrons des manèges rutilants. Le métier de forain se réduit à mesure que les machines se sophistiquent. Si historiquement le forain était un homme à tout faire, installateur, réparateur, électricien, plombier, caissier, etc., il se retrouve de plus en plus à gérer via tableau de bord un manège livré prêt à l’emploi sur semi-remorque. « A la moindre panne, j’appelle le fabricant qui vient avec son ordinateur, commente Stevens Bourgeois, trônant devant son ¨Fly Zone¨, monstre d’acier qui envoie en l’air et dans tous les sens ses passagers à une accélération de 6G (à comparer avec celle d’un ascenseur, d’environ 0,1G!). C’est essentiellement lui le responsable en cas d’accident. »  

Et c’est rentable tout cela ? Pas toujours, car les prix s’envolent, au point d’imposer la location-vente pour les plus gros manèges, et parce que l’activité reste très dépendante de paramètres aléatoires. Comme la météo: « S’il pleut samedi comme c’est annoncé, on perd la moitié du chiffre. S’il pleut dimanche, on est venu pour rien », s’inquiète Stevens Bourgeois. L’accueil des municipalités n’est pas non plus garanti. « A Crest, ça se passe toujours bien », s’accordent à dire les forains interrogés. Mais d’autres communes peuvent décider unilatéralement de réduire la durée de la fête ou de déplacer celle-ci à la périphérie, suscitant les manifestations qu’on a pu connaître à Marseille, au Mans ou à Paris,. Quand ce n’est pas une nouvelle ordonnance gouvernementale qui menace de leur faire perdre des emplacements jusque là garantis d’année en année.

A marché fragile, évolution impérative
Inutile aussi de croire aussi qu’on puisse se reposer sur ses lauriers dans cette activité. Beaucoup de fêtes foraines voient leur activité diminuer et les parcs d’attractions à la Disney donnent de plus en plus le la en matière de manèges. « Il faut se renouveler », reconnaît Wilfried Berlioz, qui présente pourtant à Crest une nouvelle "Maison hantée" au format XXL: 20 mètres de long et 13 mètres de haut. Wilfried continue de chercher de nouvelles idées sur Internet et se questionne sur les masques de réalité virtuelle. Encore des investissements à prévoir… Et il y a aussi les contrôles et les normes de sécurité, toujours plus sévères, toujours plus fréquents, et sans doute à juste titre.

Une affaire de famille
Alors, qu’est-ce qui fait qu’on reste dans la profession, sinon l’argent ? La tradition familiale, puisque la majeure partie des forains a hérité du métier, du manège et même des emplacements dans les fêtes, de ses pères, grands-pères et arrière-grands-pères. Et par amour de la route, ensuite. « Moi je pourrais faire des tas de métiers, avec tout ce que j’ai appris ici, témoigne Pascal Rocher. Mais rester tous les jours au même endroit, impossible. » La preuve: s’ils ont un port d’attache, c’est plus souvent un terrain où poser la caravane, qu’une maison. Certains, rares, quittent pourtant le métier, tel le frère de Pascal, devenu élagueur. « C’est parfois compliqué le milieu forain. Il y a un collègue qui vous grignote votre emplacement, et tout à coup c’est plus un collègue, il faut montrer les dents. » Une vraie famille, quoi.

Xavier de Stoppani

Horaires
Vendredi:  20h-1h (feu d’artifice 21h00)
Samedi: 14h-1h
Dimanche: 14-20h





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