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© Estelle Pereira

Malgré la crise les agriculteurs tiennent bon 

26.03.2020

À l’heure de l’épidémie de Covid-19, les agriculteurs se réorganisent pour gérer le quotidien, mais aussi redéfinir les circuits de distribution. Dans la vallée de la Drôme, les réseaux s’activent pour faciliter la vie des producteurs, notamment après l'annulation des marchés. 

« Notre quotidien est inchangé », explique Daniel Fernandez, gérant du Cochon Drômois. L’éleveur de cochons basé à côté de Bourdeaux a tout de même connu un pic de stress au début du confinement. La raison ? Une peur de manquer de nourriture pour ses animaux : « On n’est pas autonome en aliments pour les bêtes. J’attends une livraison, j’ai eu au téléphone les fournisseurs, qui ont tout de suite envoyé un mail pour dire que tout allait bien. Après, ils sont sous l’eau, car il y a eu le même phénomène que pour les supermarchés, les agriculteurs ont commandé des aliments pour animaux en masse. »

La crise sanitaire que nous vivons impacte les producteurs locaux de différentes façons. Pour Agathe Bost, de la ferme Eurreuse, le plus gros problème a été la perte d’un contrat avec la cuisine centrale de Valence : «  On leur fournit normalement 5500 petits pots de yaourts tous les un mois et demi. Ce lait, qui n’est pas transformé en yaourt, on le transforme en fromage. Mais ce fromage, il faut pouvoir le commercialiser. » Avec son compagnon Stéphane Bost, obligé de rester à la ferme à cause de soucis de santé, ils ont décidé de lancer un carnet de commandes : « Aujourd’hui, je suis presque dépassée car il y a beaucoup de demandes. Je pense qu’on va faire des livraisons par secteur. On est dans la construction de la chose, ils commandent par téléphone, on note sur un carnet pour un village », explique la productrice. C’est elle qui se chargera de livrer, tout en gérant avec son compagnon un quotidien à la ferme et quatre enfants à la maison.

À Crest, la ville propose à certains producteurs d’en accueillir d’autres, après négociation avec le préfet de la Drôme : «  J'ai proposé au préfet que des agriculteurs qui font de la vente directe puissent accueillir un collègue. La réponse est oui. Par exemple M.Martin (légumes) a prévu de le faire », indiquait Hervé Mariton sur sa page Facebook.

À l’annonce de la fermeture des marchés, lundi 23 mars, la société Earl Martin Fruits et Légumes a demandé au maire de Crest si elle pouvait accueillir des producteurs sur le parking de son magasin à la ferme : « Dès ce vendredi, on accueille deux producteurs sur notre parking en respectant les règles sanitaires », commente Rémi Martin, co-gérant de la ferme familiale. « Ça nous semblait logique de s’entraider entre producteurs et exposants du marché. Pour l’instant, nous sommes moyennement impactés car notre clientèle s’est redirigée vers notre magasin à la ferme ».


La solution : les magasins de producteurs

Daniel Fernandez est co-gérant du magasin Court Circuit à Chabeuil. Il constate un élan de solidarité : « C’est sûr qu’en supermarché c’est plus simple, tu peux tout acheter, mais il y a vraiment un engagement des gens. Malgré la peur, ils viennent, ils soutiennent et ils nous disent merci d’être là ». Pour Vincent Delmas, porte-parole de la Confédération paysanne, l’arrêt des marchés est «  un coup de poignard dans le dos de l’agriculture paysanne ». Le syndicat a d'ailleurs écrit une lettre ouverte au Préfet de la Drôme pour la réouverture des marchés du département (vous pouvez la lire ici). 

Malgré tout, le marché de Crest ne rouvrira pas (même après la demande du maire au préfet), la ville de Die a obtenu la dérogation de la préfecture (ce vendredi 27 mars), tout comme la ville de Livron (ce vendredi 27 mars) et de Loriol (jeudi 26 mars). Le marché du dimanche à Saillans est aussi en stand by le temps de la crise. 

 

« On fait aussi partie du bureau du magasin de producteurs la Charrette », explique Rémi Martin. Il constate une hausse des demandes en vente directe à sa ferme mais aussi dans le magasin de producteurs de Crest. Et même si cela « rallonge les journées », l’agriculteur est pour le moment rassuré. Il espère néanmoins que cette solidarité des consommateurs durera par-delà le confinement : «  On sent un élan en ce moment, j’espère que ça va durer après la crise car on n’est pas tout le temps bien vu par les consommateurs ».

Pour Vincent Delmas, de la Confédération paysanne, il va être difficile pour les plus petits producteurs de fonctionner par commande : « Par exemple, les producteurs de fromages de chèvres ont des ‘petits clients’ qui ne prennent que quelques fromages ». Le porte-parole du syndicat agricole note néanmoins que des initiatives locales peuvent fonctionner : « Il y a un groupe de citoyens sur Dieulefit, qui a mis en place un système de panier ». Même son de cloche pour le mimi marché de Piégros-la-Clastre qui a vu ses commandes tripler, ou pour la plateforme Agricourt qui propose un drive de produits frais et locaux. 

Quelques mesures pour souffler

« La MSA (Mutuelle sociale agricole) nous a dit qu’on n’aurait pas de majoration si on payait en retard les cotisations, c’est plutôt chouette qu’ils l’évoquent », commente Daniel Fernandez. En effet, la sécurité sociale agricole a publié sur son site de nombreuses mesures pour faciliter le quotidien des agriculteurs durant la crise : « Si votre date d’échéance est fixée entre le 12 et le 31 mars, vous pouvez reporter tout ou partie du paiement de vos cotisations. Aucune pénalité ne sera appliquée. Cette mesure de report s’applique dans les mêmes conditions aux cotisations dues dans le cadre d’un échéancier de paiement. »

« Vis à vis de la ferme, ça nous a mis un certain stress, on a des crédits en cours », illustre Agathe Bost. « On a fait les démarches niveau banque, MSA, pour pouvoir être allégés ». Plusieurs banques ont accordé des reports de paiements de crédits. Un petit ‘soulagement’ pour les agriculteurs qui vivaient déjà des temps compliqués avant l’arrivée de la crise sanitaire.

Laurent Wauquiez, président de la Région Auvergne-Rhône Alpes a déclaré, mardi 24 mars, réfléchir sérieusement à une aide spécifique pour le monde agricole : « Avec les professionnels, nous réfléchissons à un dispositif pour être en capacité de sortir un plan la semaine prochaine ». En attendant, son plan pour l’économie régionale de 600 millions d’euros prévoit « des aides d’urgence pour les artisans, entrepreneurs, professions libérales, agriculteurs d’Auvergne-Rhône-Alpes » dont voici les mesures :

region

* Aller sur le site de la Région 

Elodie Potente

 


L'info en + :

  • Une plateforme pour les volontaires qui veulent aider les agriculteurs ? Le gouvernement l'a annoncé ce jeudi, une plateforme sera lancée pour les volontaires qui veulent aider les agriculteurs. Le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume a affirmé sur France inter qu'il ne s'agit pas de bénévolat mais d'un travail rémunéré avec contrat (cumulable avec le chômage partiel et/ou les aides sociales). Pour l'instant 40 000 personnes se sont portées volontaires.


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