IVG, contraception : le Planning familial reste présent

14.04.2020

Contraception, IVG (interruption volontaire de grossesse), dépistages, le planning familial de la Drôme maintient des permanences téléphoniques et des prises de rendez-vous pour les urgences.

Le Planning familial de la Drôme a trois centres de planification dans le département : à Valence, Romans et Nyons. Les trois établissements gardent le lien avec leur public durant la crise. Des permanences téléphoniques sont assurées par les salariés : tous les jours à Valence et Romans et du mardi au vendredi à Nyons. L’accueil en présentiel se fait uniquement sur rendez-vous, pour des urgences. Sophie Feigna, conseillère conjugale et familiale, a répondu à nos questions.

Comment s’est réorganisé le Planning familial de la Drôme durant la crise sanitaire ?

Sophie Feigna : À proprement parlé, on n’est pas « ouverts ». À Valence, nous ouvrons uniquement sur rendez-vous pour des urgences, comme des échographies de datation et des IVG médicamenteuses. On fait une permanence téléphonique tous les jours du lundi au vendredi. On peut également envoyer une ordonnance de contraception par mail, faire une consultation avec une sage-femme au téléphone. Il nous est possible de délivrer des ordonnances pour des bilans sanguins en préparation d’une IVG, même pour des femmes qui n'auront pas recours à un avortement avec nous.

Comme nous donnons des rendez-vous, les sages-femmes et médecins qui travaillent avec nous habituellement viennent uniquement à ce moment-là. Au centre de planification de Valence, il y a trois sages-femmes et deux médecins, à Nyons un médecin et à Romans un médecin et deux sages-femmes. 

Y a-t-il des difficultés pour accéder à l’avortement ?

Sophie Feigna : Il n’y a pas plus de demandes mais des femmes qui ne viennent pas habituellement au planning familial nous contactent parce que l’accès au médecin traitant n’est pas toujours facile.

Même s'il peut y avoir des difficultés dans certains cas d’accès à l’IVG, dans la Drôme on n’a pas observé de problèmes spécifiques. Mais si c’est une jeune fille mineure, qui ne veut pas que ses parents soient au courant, c’est sûr que ce sera plus compliqué.

Un numéro vert a été mis en place : le 0 800 08 11 11. On assure les permanences téléphoniques pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, le mercredi et le vendredi. C’est un numéro d’information et d’orientation pour l’avortement, la contraception, les questions sur la sexualité et on a accès à un annuaire national des lieux où les femmes peuvent aller avorter. En ce moment, nous essayons de mettre cet annuaire à jour toutes les semaines. Par exemple, on a appris que l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon a arrêté les IVG et qu’ils renvoient sur d’autres hôpitaux. Nous pouvons aussi savoir si des professionnels de santé en libéral ont arrêté leur activité, ou si des centres de santé et de planification ont fermé.

Comment se déroulent les rendez-vous au centre de planification ?

Sophie Feigna : Les salariés du planning qui vont aux rendez-vous essaient de s’équiper de masques. C’était un peu la course pour en trouver ces derniers temps et jeudi nous avons reçu des dons de la part de l’IREPS (Instance Régionale d'Education et de Promotion Santé). Nous demandons aux personnes de venir seules, nous leur prenons leur température et nous leur demandons de venir à l’heure pour éviter qu’il y ait deux personnes en même temps dans la salle d’attente.

Ce qui change dans notre prise en charge c’est quand une femme, ou une jeune femme, appelle parce qu’elle a peur d’être enceinte. Habituellement, nous lui dirions de passer au planning pour faire un test de grossesse gratuitement. Maintenant, nous lui demandons d’aller acheter un test de grossesse en pharmacie ou en grande surface. Pendant un rendez-vous pour un avortement, nous faisons l’échographie de datation et nous donnons le comprimé quand les femmes sont sûres de leur décision. C’est le cas dans 99 % des cas.

Comment se déroule le suivi ? 

Sophie Feigna : Nous faisons des téléconsultations pour les visites de contrôle. Normalement, les femmes reviennent 15 jours après l’avortement. Nous leur délivrons une ordonnance pour vérifier que les hormones de grossesse ont bien baissé et la sage femme ou le médecin les appellent. Il faut savoir qu’aujourd’hui, on peut faire une IVG médicamenteuse jusqu’à 7 semaines d’aménorrhées (nombre de semaines sans règles, équivaut à 5 semaines de grossesse). En France on peut avorter jusqu’à 14 semaines d’aménorrhées (soit 12 semaines de grossesse).

En tant normal, si la patiente dépasse d'une seule journée les 7 semaines d’aménorrhées, l'IVG médicamenteuse "en ville" est interdite. La femme doit aller à l’hôpital pour une IVG par aspiration. Mais ça dépend des hôpitaux, par exemple à Valence, une IVG médicamenteuse est réalisable jusqu’à 9 semaines d'aménhorrées. Il faut savoir que l’avortement par aspiration reste une opération chirurgicale qui nécessite une anesthésie générale et une journée d’hospitalisation.

La Haute autorité de santé a allongé le délais de l’avortement « à la maison » à 9 semaines d’aménorrhées (contre 7 normalement) jeudi 9 avril. (lire le rapport). Il est donc possible de faire un avortement dit « à domicile » et grâce à une téléconsultation avec un médecin. Normalement, les femmes ne peuvent pas aller en pharmacie avec une ordonnance pour récupérer un médicament abortif. Durant la crise, c’est possible, même s’il sera nécessaire de faire une échographie de datation.

Et pour la contraception ?

Sophie Feigna : Habituellement le Planning familial fournit la contraception gratuitement jusqu’à l'âge de 20 ans. Là ça diffère un peu, on demande à la personne dans quelle pharmacie elle peut récupérer sa pilule et on envoie une ordonnance à la pharmacie qui nous facture le moyen de contraception. La personne peut alors aller récupérer sa pilule, ses patchs...

Qu'en est-il des dépistages ?

Sophie Feigna : Durant le premier mois de confinement nous avons eu très peu de demandes. Si vraiment il y a une urgence nous pouvons envoyer une ordonnance pour une demande de dépistage, par contre elle ne sera pas anonyme. Le centre de dépistage de Valence reste ouvert. Il y a une permanence téléphonique, (tests anonymes et gratuits). Au Planning familial, les dépistages sont d’ordinaire anonymes et gratuits jusqu’à l’âge de 20 ans.

Permanences téléphonique Planning familial :

Valence et Romans : 04 75 56 03 09

Nyons : 04 75 26 43 26


L’IVG : un soin d'urgence 

Durant la crise sanitaire, les hôpitaux sont fortement sollicités. Ainsi, plusieurs sénatrices et sénateurs ont déposé un amendement au projet de loi « Urgence Covid-19 », présenté au Sénat le 19 mars dernier. Parmi elles, la sénatrice de la Drôme Marie-Pierre Monier.

« Ce que nous avons demandé dans le projet de loi du 19 mars, c’était de permettre dans ce temps de crise deux choses : d’abord que le délai légal d’IVG soit rallongé de deux semaines, c’est à dire qu’on passe de 12 à 14 semaines. Et que l’on supprime la deuxième consultation pour les mineures », explique-t-elle.

Finalement, l’amendement a été rejeté. Le 9 avril dernier, le délais pour l’IVG médicamenteuse à domicile a toutefois été prolongé. « Reste l’allongement de délais pour les IVG par aspiration.» En France chaque année, des milliers de femmes souhaitant avorter dépassent les 12 semaines de grossesse : « Et dans ces cas-là les femmes vont à l’étranger. Or en ce moment les frontières sont fermées, ça met une angoisse et une pression sur les femmes, elles ne peuvent plus disposer de leur corps comme elles l’entendent. Je trouve qu’allonger les délais aurait été un moyen de les rassurer », affirme la sénatriceLe Haut conseil à l'égalité estimait, dans un rapport de 2013, à 5 000 le nombre de femmes françaises allant avorter à l'étranger chaque année. 

Pour rappel : en France 220 000 avortements sont pratiqués chaque année, dont un quart en dehors des hôpitaux.

Elodie Potente

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