Collectifs marginaux aident citoyens marginalisés

10.04.2020

Dès les premières heures du confinement, des citoyens se sont mobilisés pour venir en aide aux plus démunis, souvent oubliés: SDF, sans papier et autres personnes en situation de précarité. Etat des lieux.

« Etrange de demander à des gens qui n’ont pas de foyer de se confiner chez eux ». En une phrase, Cédric (prénom d’emprunt) résume toute la problématique. Que deviennent en effet, en temps d’épidémie, toutes les personnes en situation précaire ? Comment font des parents démunis, quand la cantine a fermé, pour nourrir leurs enfants ? Comment un SDF peut-il s’isoler, et tirer un trait sur son besoin naturel de relations ? Que veut dire « scolarité à la maison » pour une famille découvrant encore notre langue ? Et au fait, qu’est-ce que savent réellement des mesures sanitaires de tels « citoyens » ?

À Crest, face à de telles inquiétudes, la solidarité s’est déjà organisée. Cédric et une poignée d’amis ont ainsi constitué un collectif dès les premières heures du confinement. « La première semaine, les associations ont fermé leurs portes. On s’est dit qu’il fallait faire quelque chose pour aider et préserver le lien social. » Ce collectif, qui se refuse à toute publicité, a ouvert une page web où se partagent besoins et offres de service. On y retrouve bien sûr les dons de masques, lunettes et vêtements professionnels, la distribution de repas en ville comme à domicile, les récoltes de couvertures et de vêtements chauds, mais aussi des initiatives plus originales : écoute psychologique, collecte de dons pour les plus démunis, etc.

Atelier de couture et maraudes

Deux exemples frappent surtout dans cette mobilisation. D’abord un réseau, souhaitant lui aussi rester anonyme, qui fabrique des masques et bonnets à destination des services techniques, EHPAD et autres structures le nécessitant. Chaque volontaire a reçu à cet effet une check-list d’hygiène et un patron de couture. La petite équipe étant au complet, apprend-on, elle cherche à transmettre son modèle à d’autres motivé-e-s. Avis aux amateurs, nous transmettrons… Autre exemple, encore plus récent celui-là, une équipe impromptue qui a réalisé une maraude * pour identifier les besoins, et va assurer à partir d’un squat crestois la production et la distribution de trois repas par semaine.

Les associations s’adaptent au confinement

Après une première semaine de confinement, les associations traditionnelles ont aussi refait surface. Les Restos du coeur ont repris leur collecte et rouvert leur accueil le 2 avril. Il n’est plus question du traditionnel accueil café/biscuits, confinement exige, mais des colis sont distribués devant le local. Les autres permanences des Restos sont remplacées par une navette de distribution de repas, aux emplacements initiaux: Prairie, le Kiosque, la Médiathèque, les Condamines, les Arbres écrits et Aouste. L’avenir reste incertain en terme d’approvisionnement, puisque l’essentiel de la collecte repose sur les restaurants, qui sont fermés jusqu’à nouvel ordre.

La structure Val’Accueil, dont les activités se partagent en temps normal entre hébergement en appartements et accueil de jour, reçoit elle aussi « au portail », devant lequel des colis sont offerts; l’accès aux services individuels (douche, buanderie, etc.) étant tout de même préservé. Un service minimum pour un public en grande fragilité psychologique. « Ils ont déjà en temps normal l’impression de ne pas exister, et un très grand besoin de lien social, alors imaginez la catastrophe qu’est l’isolement », commente Maude, de Val’Accueil. L’éducatrice se réjouit de l’élan de solidarité qui prévaut actuellement, qu’il s’agisse de collectifs confidentiels, de citoyens anonymes, du bar associatif l’Hydre ou encore de la ressourcerie l’Or des Bennes, tous sur le front pour fournir aide et matériel. Mais elle s’inquiète de l’après-confinement. « On les sent monter. Il y a beaucoup d’angoisse qui vient, de la violence parfois. On va récupérer tout cela fort fort… »

Les institutions adaptent également leurs services à l’actualité. Les mairies d’Aouste et de Saillans mettent en lien des personnes isolées, âgées pour la plupart, et des citoyens à même de les aider, par exemple en faisant leurs courses. À Crest, le CCAS annonce assurer un portage de courses à domicile une fois par semaine. La ville s’engage aussi à élargir le portage de repas à domicile aux personnes, âgées ou handicapées, qui fréquentent habituellement le foyer-restaurant. On trouve encore des repas à Saint Vincent-de-Paul. Quant à la Mission locale, elle rappelle que, même fermée, elle reste disponible pour accompagner les jeunes de 16 à 25 ans dans leurs besoins urgents, voire leur faire obtenir des bons alimentaires auprès du CCAS. A l’échelle du pays, l’État a prolongé la fameuse trêve hivernale et reporté la réforme de l’assurance chômage, mais c’est insuffisant pour ATD-Quart Monde qui demande un soutien renforcé à l’endroit des personnes vulnérables: accès garanti à l’aide alimentaire, accompagnement scolaire renforcé, mesures financières compensatoires, etc.


Xavier de Stoppani

* On appelle maraudes des rondes régulières organisées par des associations caritatives au cours desquelles les bénévoles identifient les SDF, récoltent leurs besoin et dispensent les aides possibles.

Pratique:

photo: Patrick Marioné ©© licence https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode.fr

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